Marie Gautron
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Comment travailler avec des boomers ? Le point de vue de la génération Z

8 minutes de lecture

Nous étions dans l'open space et ma designer avait besoin d'aide :

"Marie, tu peux m'aider pour une formule Excel*?"

Ah mais je connais pas les formules Excel moi !

Oui mais tu es développeuse…

Oui mais pas une développeuse des années 80 !" 👀

En quelques instants, plusieurs regards de trentenaires se sont dirigés vers moi. D'une remarque, j'avais failli lancer un conflit de génération au sein de l'agence.

Seule représentante de la génération Z de l'agence parmi une dizaine de trentenaires et récemment embauchée, je suis aussi la plus jeune avec 23 ans. Si nos manières de travailler sont à peu près les mêmes, nous échangeons parfois des regards amusés (best of en bas) en employant des expressions différentes ou en parlant de nos séries TV favorites.

Du coup, je me suis posé la question : comment fais-je pour travailler avec des vieux boomers ? Est-ce que je fais des efforts en particulier comme quand je regarde Louis la brocante à la télé avec ma grand-mère ? J'ai fait des efforts pour m'adapter à mon environnement de travail mais lesquels étaient dus au boomers de mon entourage et lesquels étaient normaux ?

Vous l'aurez compris, toute personne plus âgée que la génération Z est pour moi un boomer. Un peu comme le "nord" commence à Lyon pour les sudistes.

Mon expérience peut profiter à toute ma génération et j'ai décidé d'écrire cet article. Après tout, des articles RH plus ou moins sérieux tentent bien d'expliquer comment travailler avec la génération Z. C'est dommage car si on lit plusieurs articles, on peut en ressortir avec des généralités du style "la génération Z ne veut pas travailler ou alors avoir des horaires random" et on passe pour une génération de fainéants.

OK, boomer! Le parler boomer

Le principal décalage entre les boomers et moi vient sans surprise du langage. C'est aussi celui qui nous fait le plus rire. Le boomer est avide de passer pour un jeune ou d'utiliser des expressions pour communiquer avec son entourage non-boomer. Quand nous parlons de nos expressions favorites, la cohésion de l'équipe atteint un niveau de teambuilding 100/100 !

Gif : How do you, fellow kids ?

Les expressions que mes boomers font semblant de comprendre

  • "Si tu fais ça en shlag c'est normal que ton site soit rincé" : si tu fais du mauvais code c'est normal que ton site soit pourri ;
  • La designer est en PLS : en position latérale de sécurité donc clairement en mauvaise santé ;
  • "Je go faire ça" : anglicisme pour dire qu'on va/il faut faire quelque chose notamment
  • "Claquée au sol cette maquette !" : si la designer est en PLS, il y a de fortes chances que son travail le soit aussi, donc claquée au sol.
  • "J'ai la turbo flemme" : en génération de feignant, il nous fallait bien une expression pour exprimer que l'on a pas envie de travailler. 🙄 Turbo entre dans la famille des : gavé, tarpin, grave …

Les expressions des boomers que je comprends quand même

  • "Ça me fait trop triper" : apparemment c'est quand tu as pris de la drogue ou qu'un truc est chanmé ;
  • "Allez j'imprime mon billet de train et j'y vais" : no comment ;
  • "Ah j'ai perdu mes mots de passe" : c'est un comportement tragique du boomer qui choisit des mots de passe à la sécurité trop faible ou les oublie.

Travailler dans un environnement boomer

Travailler avec des boomers, c'est souvent au sein d'une entreprise. Qu'attend la génération Z de l'entreprise ? Apparemment que "leur manager leur confie des missions stimulantes avec des objectifs précis à atteindre en espérant toutefois qu'ils pourront travailler en autonomie, notamment à distance, et avoir des responsabilités." Je suis assez d'accord avec ça mais en parlant avec mes collègues boomers… eux aussi cherchent ça !

Le boomer manager

Je lis notamment sur Internet que "le rapport à la hiérarchie est différent. On passe d'un mode pyramidal à un mode réseau." Pour le coup je suis assez d'accord avec ça et c'est d'ailleurs ce que je vis chez Troopers où nous appliquons l'Holacracy. C'est une méthode de travail pour les réunions et l'organisation de l'entreprise, elle garantit que chacun peut s'exprimer et décider, quel que soit son âge ou son expérience !

En Holacracy, chacun peut donner son avis où rejoindre une partie de l'entreprise qui lui plaît. Les réunions sont très cadrées, on sépare les réunions où l'on parle du travail de celles où l'on parle de nos méthodes de travail (un peu comme la revue et la rétrospective dans Scrum). La prise de parole est aussi équitable que possible car chacun doit la prendre tour à tour et ça évite aux personnes les plus sûres d'elles de la monopoliser.

D'ailleurs, c'est là que j'ai dû faire des efforts, me mettre en avant et dire haut et fort ce que pensais et voulais. Si j'avais eu un manager pour me mettre en avant ou dire "Oui Marie peut prendre ce ticket", j'aurais été plus à l'aise que si j'avais dû le dire à moi-même. Le seul inconvénient de l'Holacracy est qu'une fois que tu l'as expérimentée, c'est sans doute un peu plus difficile de revenir en arrière dans une entreprise classique.

Dans ce mode d'organisation, il faut prendre ses responsabilités et finalement ça te met plus de pression qu'un manager, mais la liberté qu'elle procure permet de plus tester et d'expérimenter ; l'entreprise évolue plus librement. Donner son avis c'est fatigant, surtout quand en arrivant sur le monde du travail tu ne sais pas grand chose.

Le boomer développeur

Chez Troopers, je suis développeuse front et experte accessibilité. Je travaille avec plusieurs devs back et front, un PM et une designer (celle qui était en PLS). Même en cherchant bien, il n'y a pas de gouffres entre les différentes générations de développeurs, juste quelques particularités.

Génération XGénération Y (Millenials)Génération Z
Leur travailDinosaures codant en C des applications ou même d’autres langages de programmation.Avant on les appelait Webmasters, maintenant on les appelle dev front ou backCes devs se demandent ce qui les mettra au chômage entre le no code et l’IA CoPilot de GitHub
Leurs outilsAvant d’utiliser la ligne de commande, ils l’ont littéralement créée pour pouvoir s’en servirTravaillent en ligne de commandeTravaillent avec l’interface graphique de Git
Il ou elle dit“Je lance la compilation”“On met pas en prod le vendredi”“Go en prod”

Le boomer non-développeur

En tant qu'agence développant des outils numérique responsable, on s'est inscrit au Tech for Good Challenge et j'ai créé un tableau de suivi en ligne genre Trello. Mais mes collègues boomers ont l'habitude d'utiliser des mails et Excel**. Du coup mon tableau a fini au fond du cloud et j'ai dû envoyer un résumé par mail et faire un suivi des actions sur Excel, qui a presque provoqué la démission de notre product manager qui n'utilise que Jira.

L'autre point tragique, c'est la présence d'une imprimante dans l'agence. Elle est régulièrement utilisée par mes boomers pour imprimer le badge d'accès à un festival ou leur billet de train. Heureusement l'imprimante souffre d'obsolescence programmée et nous allons bientôt ne pas la remplacer.

En guise de conclusion

Est-ce que c'est dur de travailler avec des boomers ? La réponse est non car une année de naissance ne détermine pas tout ce que vous êtes. Quelles sont les différences entre les générations ? Il y en a sans doute quelques-unes mais le mieux est de s'intéresser à l'individu plutôt que d'essayer de le classifier.

D'après les articles les générations X et Y sont plus investies dans l'entreprise et ont pour ambition de gravir les "échelons". Ce que les Z remettent en question. Quand j'ai posé la question à mes boomers, ils étaient plutôt team génération Z car l'équilibre vie pro/perso est plus important pour eux car ils préfèrent accomplir des missions qui ont du sens que de se sacrifier au travail. Ces articles creusent un peu les incompréhensions et l'écart générationnel de manière artificielle.

Par exemple, je préfère passer par la ligne de commande au lieu de l'interface de Git, c'est quand même plus propre… Attendez… Serais-je moi-même en train de me boomeriser ?

* En réalité, c'était sur un tableau Google Sheets mais parler d'Excel est une astuce de boomer pour cacher son accent anglais et éviter de dire « Google Tschiit ».

**Oui, toujours "Google Shtit"